interview de Takna Jigme Sangpo

"My release on medical parole by the Chinese government (I still have nine years of sentence to complete) and arrival in the United States on July 13 is the triumph of peace, justice and human rights. It is the result of many years of campaign and pressure by Tibet supporters, governments, individuals and public organizations in the international community as well as within and outside of Tibet. Above all, it is the fruit of international support for the fulfillment of the aspirations of His Holiness the Dalai Lama. I would like to express my heartfelt gratitude to everyone.

Soon after arriving in the United States, I was admitted to the Georgetown University Hospital where I underwent a series of medical tests. This did not permit me an opportunity to interact with you all personally.

Although I have had to experience immeasurable difficulties for a total of 37 years in prison since 1965 (served three terms), I did not waver in my determination to struggle for the just cause of Tibetan freedom. I served in prisons, which included Sangyip (known currently as Lhasa City Prison) and Drapchi Prison.

Most importantly, as I begin to enjoy a life of freedom and happiness, I am concerned at the fate of my former fellow prisoners who continue to suffer and languish in dark prisons. Therefore, I take this opportunity to urge strongly for the immediate release of all Tibetan political prisoners.

Above all, I urge for your continued support for the Tibetan issue until there is a solution to our just cause.

May Tibet be victorious!"

Takna Jigme Sangpo
Washington, D.C.

July 29, 2002

Takna Jigme Sangpo, 73 years old, is the longest-serving political prisoner in Tibet. He was first arrested in 1960 for brain-washing children with "Eactionary" ideas. In 1964, he was sentenced to 3 years imprisonment at Sangyip for his political activities. In 1970, he was again arrested for helping his niece to escape to India and he was sentenced to 10 years of hard labour at Ourtidu prison. He was released in 1979 and sent to a "reform through labour camp" in Nyethang. In November 1983, he was sentenced to 15 years for his political activities and for hanging posters in protest of Chinese rule in Tibet. In 1988, his sentence was extended by 5 years for shouting pro-independence slogans in prison. In December 1991, he was held in solitary confinement for 6 weeks for shouting "Free Tibet" slogans during a visit by Swiss government officials at Drapchi. His sentence was again extended by 8 years. He will be released in 2011, at the age of 85 with a total of 44 years of imprisonment.
(On 31 March 2002, Takna Jigme Sangpo was released on medical parole.)


 

Takna Jigme Sangpo aurait été libéré pour raison de santé le 31 mars 2002 avec les encouragements des autorités chinoises de partir à l'étranger pour y recevoir des soins médicaux.

Takna Jigme Sangpo, appelé communément Jigsang par ses familiers, est né en 1926 dans le district de Chupur Dzong près de Lhassa dans une famille de propriétaires terriens et de hauts fonctionnaires.
Après avoir fait des hautes études dans des établissements tibétains et notamment auprès de Tsadul Rinpoche, le tuteur du 13ème Dalaï Lama, il occupa un poste d'enseignant à l'école de Seching, à Lhassa, de 1952 jusqu'en 1961. En 1962, il devint professeur au collège de Ponshon.

Cette même année les autorités chinoises débutèrent une campagne 'anti Panchen Lama' à laquelle toutes les écoles devaient participer en rédigeant des rapports à l'encontre du Panchen Lama. Jigme Sangpo refusa catégoriquement de prendre part à cette propagande. Il resta discret quant à cette décision, se contentant de ne pas participer aux réunions de rédaction. Son absentéisme et son manque d'enthousiasme dans cette campagne furent remarqués, et il fut alors suspecté de tendances anticommunistes et notamment d'avoir écrit des slogans anticommunistes sur les murs des toilettes de son établissement scolaire... Cette affaire anodine en apparence prit une ampleur inattendue et Jigme Sangpo fut arrêté pour ces faits et emprisonné pendant 3 ans.

Il fut libéré en 1967.

D'après des informations parvenues à TIN, Jigme Sangpo aurait été détenu également 10 ans dans les années 70.

 

En 1983, il a été arrêté à nouveau et condamné à 15 ans de prison et 5 ans de privation de ses droits civiques pour activités contre-révolutionnaires après avoir collé des affiches indépendantistes sur des murs du Jokhang.

En 1988, sa peine a été prolongée de 5 ans pour avoir lancé des slogans 'réactionnaires' dans l'enceinte de la prison de Drapchi où il était enfermé.

En 1991, il tenta d'alerter l'ambassadeur de Suisse en visite à Drapchi, en criant à nouveau des slogans 'Tibet Libre'. Il reçut pour ces faits une condamnation supplémentaire de 8 ans et fut jeté au cachot pour 6 semaines.

Takna Jigme Sangpo totalisa alors une peine de prison de 28 ans...

En 1993, Jigme Sangpo tomba gravement malade et fut hospitalisé dans un établissement près de la prison de Drapchi où des membres de sa famille purent lui rendre visite à plusieurs reprises. Il leur exprima sa ferveur et son inconditionnel dévouement pour leur pays et pour le Dalai Lama, précisant "...quand on me torturait, je visualisais le Dalai Lama et mes souffrances cessaient..."

 

Takna Jigme Sangpo était bien connu pour son très fort caractère. Il était indomptable et les autorités carcérales se trouvaient souvent impuissantes devant son entêtement. Le vieil homme faisait chaque matin des prosternations et portait sur lui un reliquaire avec le portrait du Dalaï Lama, bien que cela fut strictement interdit.

Un jour, les gardes se saisirent de ce reliquaire. Jigme Sangpo entreprit une grève de la faim, et après trois jours, il put récupérer son trésor...

D'après la famille de Jigme Sangpo, les autorités chinoises lui ont offert à plusieurs reprises et depuis plusieurs années de le libérer sous condition que sa famille se porterait garante pour lui. Ces offres furent toujours rejetées par le vieux prisonnier sur un ton bourru. Il semblerait, toujours d'après ces témoins visuels directs, que les autorités de Drapchi étaient très embarrassées par Jigme Sangpo qu'elles avaient hâte de voir quitter leurs murs... Takna Jigme Sangpo souhaitait rester en prison car, disait-il, le gouvernement chinois et le Dalai Lama devraient impérativement se rencontrer et entamer un dialogue pour résoudre le problème tibétain. "Alors, moi, Takna Jigme Sangpo, je pourrai de mon côté décider si je dois quitter Drapchi ou non, selon ma propre convenance. Si je suis en prison, ce n'est pas pour criminalité, mais parce que mon idéologie est contraire à celle des Chinois..." déclara-t-il aux autorités de Drapchi.

 

En mai 1998, Takna Jigme Sangpo a passé quelque temps au cachot suite aux émeutes de Drapchi, et il aurait aussi subi des violences physiques.

En août 2000, il fut à nouveau admis dans un hôpital situé près du monastère de Sera. Un témoin visuel direct affirme que, malgré son état de faiblesse, le vieil homme portait des menottes aux chevilles et aux mains.

 

Des campagnes en faveur de sa libération ont été entreprises depuis de nombreuses années par des associations de soutien au Tibet en Occident ainsi que par des organismes tibétains en exil.

On ne peut que se réjouir de l'annonce de la libération de Takna Jigme Sangpo.

 

Cette libération anticipée d'un prisonnier politique tibétain est la seconde depuis le début de cette année.

 

Le 20 janvier dernier, ce fut Ngawang Choephel, condamné à 18 ans de prison qui fut relâché par les autorités chinoises juste avant une rencontre du gouvernement chinois avec le président américain.

La libération de Jigme Sangpo ne devrait pas, selon TIN, être due à la prochaine session annuelle de la Commission des Droits de l'Homme des Nations-Unies, car ni l'Europe ni l'Amérique ne prévoient une action forte à l'encontre de la Chine cette année.

D'après la Fondation Dui Hua, impliquée dans la libération de Ngawang Choephel, cette seconde libération anticipée serait en fait la preuve que le gouvernement chinois commence probablement à réagir à la pression internationale.

 

Dharamsala, 5 avril 2002

Sources d'information : TIN et Tibet Info (témoignages de la famille de Jigme Sangpo)