Les nonnes Choeying Kunsang & Pasang Lhamo témoignent...
Photo de Marco Okhuizen, ICT Europe
UN COURT PORTRAIT
DE PASANG LHAMO
* Nom religieux : Pasang Lhamo
* Nom laïque : Ngawang Lamdron
* Nom du père : Thupten Rigzin
* Lieu de naissance : Chef lieu de Lhundrub
* Couvent : Couvent de Garu
* Année de naissance : 1976
* Date d'emprisonnement : 15 avril 1994
* Durée de la peine : 5 ans
* Lieu de détention: Drapchi
Quand j'étais enfant je n'ai pu aller
à l'école que pendant 6 mois, ensuite j'ai dû m'occuper des animaux et travailler
à la ferme de notre village. A 15 ans je suis entrée au couvent de Garu pour
apprendre le Bouddhisme. Cependant, la plupart du temps, je devais participer
aux constructions de routes et aux réparations du couvent. La route qui mène
du couvent à la région de Nangra Shang, a été entièrement construite par les
nonnes de notre couvent.
A part une petite enclave, notre couvent a été entièrement détruit par les
Chinois. Le 24 mai 1994, vers 3 heures de l'après midi, j'ai quitté le couvent
pour aller à Lhassa avec 4 autres nonnes, Phuntsok Pema, Dekyi Nyima, Lobsang
Drolma et Yeshi Yangha. Nous sommes arrivées à Lhassa le lendemain vers 10h.
En atteignant le Bharkor, près du temple de Jokhang, nous avons commencé à
scander "Liberté au Tibet, longue vie à Sa Sainteté le Dalai Lama, les
Chinois hors du Tibet, nous avons besoin des Droits de l'Homme au Tibet".
Après un quart d'heure de manifestation, nous avons toutes été arrêtées, chacune
par 4 à 8 policiers. Puis, nous avons été sévèrement battues et emmenées à
la prison locale de Barkhor. En arrivant au poste de police nous avons été
lapidées et frappées avec des bâtons électriques pour le bétail pendant une
demi-heure. Le visage de mon amie, Dekyi Nyima, était enflé et elle ne pouvait
plus marcher normalement. Elle s'est évanouie quand nous sommes sorties du
poste de police. Ensuite, nous avons été transportées au centre de détention
de Gutsa dans un camion sombre. A Gutsa, nous avons été incarcérées dans des
cellules séparées de l'unité des femmes. Les fonctionnaires nous ont confisqués
tous nos objets personnels et nous n'avions même pas de couverture pour nous
protéger de la nuit froide.
Des le lendemain, ils ont commencé à nous interroger. Ils nous ont surtout
questionnées sur nos opinions sur les lois chinoises, au sujet de nos amies
au couvent et ils voulaient savoir comment et par qui nous avions été encouragées
à mettre sur pied cette manifestation. Surtout, ils nous ont dit que nous
ne pouvions obtenir la liberté en criant "Liberté au Tibet". Si
nous reconnaissions notre culpabilité, alors nous serions libérées. Mais nous
avons refusé leurs demandes. C'est la raison pour laquelle, Dekyi Nyima, Yeshi
Yangha et moi-même avons été condamnées à 5 ans de prison.
Pendant notre séjour à Gutsa, ils ont prélevé le sang de 13 nonnes dont je
faisais partie, pour rembourser les repas que nous avions pris. A la suite
de ce prélèvement nous avons ressenti un étourdissement et nous nous sommes
évanouies.
Nous n'avions pas suffisamment de nourriture en prison. Nous recevions un
petit pain cuit à la vapeur au petit déjeuner, un peu de riz à midi et un
autre petit pain pour le dîner. Nous avons été transférées à la prison de
Drapchi au bout de 6 mois.
A Drapchi, dès le deuxième jour, nous étions forcées à rester debout pendant
de longues heures avec des livres sur la tête. Nous étions sévèrement battues
si un livre tombait. Nous devions aussi filer la laine, faire des exercices
et nous étions forcées à participer à des compétitions sportives organisées
en prison. A cause des exercices intensifs, nous usions 3 paires de chaussures
par mois. Les prisonniers avaient des chaussures tellement usées qu'ils souffraient
de nombreuses blessures aux jambes.
Dès la première semaine, les fonctionnaires de la prison ont commencé à nous
donner une éducation politique, c'était surtout un lavage de cerveau pour
nous endoctriner à une politique pro-communiste. Mais tous les prisonniers
ont protesté et déclaré à l'unanimité qu'ils ne changeraient jamais d'attitude
et qu'ils travailleraient dur en fonction des règlements de la prison.
Après avoir passé 4 ans et 6 mois à la prison de Drapchi, j'ai finalement
été libérée le 25 mai 1999. J'ai été remise aux fonctionnaires du chef lieu
de Lhumdrub à condition de ne pas quitter la région sans l'autorisation des
fonctionnaires. Aussi, je me suis évadée de Lhassa, en l'an 2000, le 16eme
jour du 1er mois du calendrier tibétain.
UN COURT PORTRAIT DE CHOEYING KUNSANG
-
Nom religieux : Choeying Kunsang
- Nom à la naissance : Tsewang Dolma
- Nom du père : Jigme
- Année de naissance : 1976
- Date d'incarcération : 25 février 1995
- Raison de la détention : Participation à une manifestation pacifique pour
l'Indépendance
- Durée de l'emprisonnement : 4 ans
- Lieu de détention : Drapchi
Enfant, j'aidais mes parents sur notre
ferme. A 16 ans, je suis entrée au couvent de Shar Bumpo où j'ai appris les
Ecritures. Pendant mon séjour au couvent, je passais la plus grande partie
de mon temps à rénover des stupas, qui avaient été détruits par les Chinois
en 1959.
Le 25 février 1995, les Vénérables Dhamchoe Dolma, Namdhol Lhamo, Phuntsok
Karchoe, Lobsang Tsomo, Choekyi, Penpa Lhakyi, Tenzin Dolma et moi-même avons
manifesté contre le gouvernement chinois le long du Barkor à Lhassa. Nous
avons scandé des slogans réclamant la liberté au Tibet, les Droits de l'Homme
au Tibet, le départ des chinois du Tibet et aussi pour souhaiter longue vie
au Dalai Lama. Nous avons défilé de Dongchen à Sunchog Rawa le long du Barkor.
La police chinoise, en uniforme et en civil, nous a enfermées au poste de
police de Barkor où nous avons été torturées pendant une heure. Ils nous ont
agressées avec des bâtons électriques pour le bétail, donné des coups de pied
et battues. Puis, nous avons été emmenées au centre de détention de Gutsa,
dans un véhicule sombre. Dans ce véhicule, nous avons à nouveau scandé des
slogans contre les chinois, ce qui a irrité les gardiens chinois. Ils nous
ont enlevé nos écharpes et s'en sont servis pour nous bander les yeux. Ils
nous ont alors agressées de nouveau.
Quand nous sommes arrivées à Gutsa, nous avons été interrogées chacune notre
tour et les fonctionnaires nous ont demandés ce que nous pensions de la politique
du gouvernement chinois et ils ont aussi essayé de nous faire avouer nos fautes.
Mais comme nous ne répondions pas à leurs attentes, nous avons été battues.
A la suite de ces coups, Lobsang Tsomo, une de nos nonnes, a souffert d'atteintes
pulmonaires. Avant d'être transférées à la prison de Drapchi, ils ont prélevé
8 flacons de notre sang. A la suite de cela nous avons ressenti un étourdissement
et avons presque perdu connaissance. Les fonctionnaires chinois ont déclaré
que c'était le paiement des repas pris à Gutsa.
Namdo Lhamo et Dhamchoe Dolma ont été condamnées à 6 ans de prison. Les six
autres, à 4 ans d'emprisonnement. Nous avons toutes été transférées à la prison
de Drapchi.
Nous étions obligées de rester debout, en plein soleil, et de faire des exercices
de genre militaire pendant des heures. Nous devions porter un bol d'eau sur
la tête tout en maintenant des journaux entre nos genoux et sous nos bras.
Si quelque chose tombait nous étions battues, à de coups de pied et de bâton
électrique pour les animaux. Nous devions aussi enlever nos chaussures et
rester debout sur le sol arrosé d'eau froide. La Vénérable Dorjee Youdon,
originaire de la région de Nyenmo, a commis une erreur lors d'un exercice
et elle a reçu des coups de pied dans l'estomac. Au lieu de recevoir un traitement
médical adéquat, elle a été enfermée dans sa cellule.
A ma libération, il m'a été interdit de retourner dans mon couvent et je ne
fut pas autorisée à faire de pèlerinage. Même si je voulais aller en visite
à Lhassa, je devrais obtenir l'autorisation du chef du comté de Lhundrub.
Comme je ne pouvais plus supporter ces atteintes à ma liberté, j'ai quitté
mes parents et ma famille, je suis partie à pied pour l'Inde le 16 janvier
2000, je suis finalement arrivée à Dharamsala le 5 avril 2000.
Transmis par Gu Chu Sum, association des anciens prisonniers tibétains, Dharamsala,
Inde