SATYAGRAHA
(Vérité -
Fermeté)
La Force
de la Vérité
Par Samdhong
Losang Tenzing Rimpoché, président du Parlement tibétain en exil
Le
10 mars 1995
INTRODUCTION
Depuis l'invasion
violente et oppressive du Tibet par la Chine communiste, les Chinois ont gouverné
et continuent à gouverner le Tibet avec une immoralité sans précédent qui contrevient
autant au droit international qu'aux aspirations du peuple tibétain. Si la présence
et l'identité du peuple tibétain, la continuation des essentielles sciences de
l'âme et des traditions culturelles tibétaines sont utiles aux peuples du monde,
et s'il est important de maintenir les traditions sociales qui promeuvent un comportement
moral et la vérité, alors il est impossible d'ignorer la nécessité de restaurer
la liberté au Tibet. Le Tibet a perdu sa liberté de par l'aveuglement du peuple
tibétain, et c'est uniquement à cause de cet aveuglement que la Chine a pu maintenir
son occupation illégale du Tibet. La restauration de la liberté au Tibet ne peut
donc être déterminée que par nous, Tibétains. Nous ne pouvons nous attendre à
ce que cette liberté nous soit restituée par d'autres ou par un changement spontané
de la situation. Le Tibet se trouve donc dans une situation d'urgence grave, à
la différence d'autres pays qui ont la possibilité d'attendre de nombreuses années
avant de voir le succès de leur lutte pour la liberté.
Sous la conduite
sans égale de Sa Sainteté le Dalaï Lama, le peuple tibétain et le Gouvernement
tibétain en exil ont entrepris de nombreuses actions qui nous ont apporté un
soutien international important. Néanmoins, les efforts entrepris depuis plusieurs
années par Sa Sainteté afin d'obtenir des négociations pacifiques entre le Tibet
et la Chine ont échoué, ce qui l'a amené à faire part de son intention de proposer
au peuple tibétain un referendum sur la façon de procéder dans le futur. En
fait, ce referendum aura certainement lieu d'ici peu. Ce n'est pas seulement
nous, peuple tibétain, qui avons besoin de nous préparer à émettre nos idées
à cet égard, mais la situation au Tibet est devenue tellement grave que nous
ne pouvons tolérer de tarder, ne serait-ce qu'un seul jour.
Je pense donc qu'il
est crucial que nous initiions une action aussi vite que possible, quelle qu'en
soit l'issue, et nous devons le faire sans chercher d'excuses, sans être monopolisés
par des scrutins et des débats, si tant est qu'ils aboutissent à un résultat
positif. C'est pourquoi je me contente ici simplement de vous soumettre la conclusion
de tout ce que j'ai pensé et expérimenté au cours des 35 dernières années :
un plan précis de mouvement non-violent, le Satyagraha (Vérité - Fermeté). Il
ne s'agit que d'une humble suggestion personnelle, ce qui signifie qu'en aucun
cas je n'insiste pour que d'autres adhérent à cette idée. Je n'ai pas non plus
l'intention de convaincre les autres par une argumentation logique. Cependant,
si une personne impartiale, qui voit le besoin de rendre au Tibet son indépendance
et qui croit au chemin de la vérité et de la non-violence sentait que mes suggestions
ont un sens et par conséquent s'intéressait à elles, je l'accueillerais très
chaleureusement. J'espérerais en outre qu'une telle personne prenne part, directement
ou indirectement, à ce Mouvement de Vérité.
Ma détermination
à aider autrui n'a pas encore atteint son plein potentiel. Je sens que nous
ne devons pas appuyer notre espoir sur l'aide des autres. Nous devons lutter
nous-mêmes pour libérer le Tibet, pour servir autrui sans lui faire le moindre
mal par inadvertance. Voici ce que je pense, en tant qu'homme insignifiant dont
les pieds ont commencé par fouler le sol du Tibet, mais qui a passé la majeure
partie de sa vie sur la sainte terre indienne. Cet homme aspire sincèrement
à une vie spirituelle mais les actions de ses vies antérieures l'ont projeté
dans la politique. Il n'espère ni pouvoir, ni position importante, n'a pas d'ennemi
à abattre, pas d'amis à protéger. Ce vagabond n'a pas besoin de politique mais,
aspirant à une paix mondiale, il a laissé échapper ces paroles.
Hommage à l'esprit
suprême, immaculé, de l'amour.
Le Tibet est un
pays où les gens sont naturellement paisibles, lents à la colère et surtout
compatissants, et où la religion et la culture morale abondent. Le magnifique
environnement du Tibet est empli de hautes montagnes, de claires rivières, de
brises fraîches et d'abondants herbages, plantes et forêts. Politiquement, le
Tibet était une nation souveraine depuis les premiers témoignages écrits jusqu'en
1951. En dépit du fait qu'il a pu sembler parfois de l'extérieur que la Chine
en avait le contrôle, de telles apparences sont seulement dues au manque de
bon sens et de sophistication politique dont nous, Tibétains, avons fait preuve.
Elles sont également dues à la capacité de la Chine de tirer avantage de nos
attitudes politiques naïves par un impérialisme sans frein, et de cette manière
de nous troubler par la ruse et la perfidie. En fait, selon le droit international,
le Tibet n'a jamais ni été sous contrôle chinois ni fait partie de la Chine.
L'indépendance du Tibet demeure un fait authentique depuis le moment où le régent
tibétain Choghyel PAGPA prit le contrôle politique du Tibet, au XIIIème siècle,
jusqu'à la signature sous contrainte de l'Accord en dix-sept points qui a suivi
l'invasion violente du Tibet par la Chine communiste en 1951.
Peu après la formation
d'un Gouvernement communiste en Chine, les Chinois ont perpétré une invasion
illégale et violente du Tibet. Le peuple tibétain fut incapable de résister
aux envahisseurs, et le pays tomba donc entre les mains des Chinois. Les principales
raisons de cet état de fait sont les suivantes : dans l'esprit des Tibétains,
les comportements honnêtes et réfléchis avaient perdu leur valeur, et la foi
en la voie pacifique de non-violence et la loi de récompense karmique avaient
décliné. Les membres des ordres religieux ne suivaient plus leurs codes moraux
et étaient principalement occupés, en privé comme en public, par le commerce,
les profits, l'usure et autres affaires non spirituelles. Les véritables religieux
étaient relégués au plus bas échelon de la société et dans la majorité des cas,
les gens qui se comportaient d'une façon totalement non spirituelle assumaient
les responsabilités, tant à l'intérieur comme à l'extérieur du Gouvernement.
En résumé, les gens s'étaient attribué le pouvoir en détruisant nos lois nationales
spirituellement orientées et notre moralité religieuse, et la plupart de nos
dirigeants étaient impliqués dans des pratiques immorales uniquement dirigées
vers la satisfaction de leurs propres intérêts. En conséquence, les citoyens
du Tibet avaient perdu leur foi, leur amour et leur enthousiasme pour leur pays
et leur gouvernement. Même si le Tibet était réputé être une terre spirituelle,
les monastères se détruisaient par des luttes armées et les moines étaient devenus
des combattants. Ces réalités et ces événements provoquent stupeur et consternation
chez les personnes qui comprennent la spiritualité, et si l'on réfléchit attentivement
à ces réalités, l'on se rendra compte que la perte de l'indépendance est due
à la situation du Tibet lui-même plus qu'une conséquence de la puissance d'une
armée étrangère.
Ainsi, quand vint
le temps de récolter les fruits de notre mauvais karma collectif, nous, Tibétains,
eument à supporter des souffrances inédites et inégalées de toutes sortes. Sous
l'oppression violente des Chinois, au moins 1,2 million de Tibétains perdirent
la vie par toutes sortes de tortures et d'atrocités. Des milliers d'institutions
religieuses, de pièces d'artisanat ancien et d'oeuvres d'art inestimables furent
détruites, et la tentative fut même faite d'éradiquer nos religions et notre
culture. Nos forêts et nos ressources minérales furent dévastées et l'environnement
du Tibet tomba dans un état de déséquilibre écologique déplorable. Ces expériences
de souffrances aiguës et incessantes sont le résultat de notre propre collectif.
Ce n'est pas une chose dont on puisse faire porter le blâme à autrui. Même d'un
point de vue purement politique, le peuple tibétain, et particulièrement les
personnes au pouvoir, manquèrent de sens et de raffinement politique. De là
découlent les conclusions suivantes :
- Nous avons été
incapables d'adapter le système politique du Tibet aux changements des temps,
- nous avons été
incapables d'établir des relations internationales qui auraient clarifié aux
yeux des nations du monde la pleine étendue de notre indépendance,
- nous avons laissé
échapper une précieuse opportunité, entre 1913 et 1949, en restant à l'écart
de la communauté internationale,
- étant donné
que la situation politique interne n'était pas correctement gérée, la capacité
du peuple à se montrer uni et patriote était limitée,
- nos voisins,
comme l'Inde, étaient disposés à coopérer avec nous mais nous étions incapables
de leur instiller cette assurance que nous étions capables de nous auto-gouverner.
Ces conditions initiales contribuèrent à rendre si facile à la Chine l'invasion
et l'occupation du Tibet, mais plus particulièrement, le peuple tibétain, laissé
seul pour protéger son pays, fut incapable de résister à la collaboration avec
les Chinois et leur fournit des logements, de la nourriture, des moyens de transports,
etc. Nous n'avons pas pu nous abstenir de prendre l'argent et les biens chinois.
A l'inverse, les Tibétains ont sans hésiter vendu leur pays, par amour de l'argent,
des marchandises et de leur petit intérêt personnel, ajoutant même les plus
mesquines vengeances. A cause de ces activités éhontées, les Chinois furent
facilement capables d'envahir le Tibet alors que d'autre pays, comme l'Inde,
étaient incapables de le soutenir directement. Nous, peuple tibétain, avons
créé cette situation nous-mêmes. Et le fait que les Chinois sont encore en mesure
d'occuper le Tibet et d'y implanter de nombreux Chinois est, directement ou
indirectement, le résultat de la coopération et de la complaisance continues
des Tibétains.
C'est pourquoi
seuls nous, Tibétains, pouvons nous dégager de cette situation. Il n'y a aucune
chance pour que cela se produise simplement par l'intermédiaire d'autres personnes
ou d'un changement extérieur. Tous les Tibétains doivent donc, en unissant leurs
coeurs et leurs esprits, commencer courageusement un mouvement Satyagraha, parce
que la Vérité est toujours victorieuse et que la Vérité est de notre côté.
On peut rationnellement
démontrer que, non seulement dans le cas de la société tibétaine mais aussi
au sein de la communauté mondiale, la souffrance vient en réponse à l'absence
de pratique régulière d'une voie pacifique de non-violence. Tous les problèmes
rencontrés par le peuple tibétain, depuis le simple mal de tête jusqu'à la perte
de notre indépendance souveraine, sont indubitablement le fruit de notre violence
passée. Par conséquent, le seul moyen que nous ayons de nous débarrasser de
ces problèmes est de nous appuyer uniquement sur un chemin de non-violence,
en opposition complète à notre violence passée. Si l'on s'engage dans des actes
de violence par colère ou par haine, on ajoute simplement plus de raisons d'être
à ses souffrances futures. En fin de compte, éliminer la souffrance par l'intermédiaire
de la violence est évidemment hors de propos. Nous critiquons les Chinois pour
la douleur qu'ils nous ont causée, mais si nous choisissons nous-mêmes de faire
souffrir d'autres personnes, comment pouvons-nous critiquer les Chinois ? Comme
le Dalaï Lama l'a conseillé, si tous les Tibétains étaient capables de croire
en la voie non-violente de la paix et de la suivre, alors nous pourrions restaurer
notre liberté sans difficultés. C'est pourquoi l'ensemble du peuple tibétain,
sur place comme en exil, doit se regrouper unanimement et entreprendre immédiatement
un Mouvement de Vérité pour restituer au Tibet sa liberté par la voie non- violente
vers la paix. Un tel mouvement doit être entrepris avec un plan d'action structuré
au préalable, et je décrirai donc dans les pages suivantes les types d'action
à inclure dans cette sorte de mouvement, et j'en ferai ressortir un plan d'action.
- LA NECESSITE
DE RESTAURER LA LIBERTE AU TIBET
L'idée que la liberté
du Tibet doit être restaurée n'est pas motivée politiquement, et n'est pas fondée
sur la théorie de l'Etat Nation. Notre combat n'est pas prioritairement ethnique
ou politique. Il s'agit plutôt du fait que toute personne née sur la terre spirituelle
du Tibet a une responsabilité universelle vis-à-vis de tous les êtres vivants,
et l'accomplissement de cette responsabilité est un devoir que nous contractons
tous simplement du fait de notre naissance. Si nous ne vivons pas conformément
à ce « devoir de naissance », nous ne sommes plus dignes d'être tibétains,
ni de nous montrer capables d'agir de façon à justifier notre héritage. Ce n'est
pas seulement que rien n'est plus abject et grossier que de ne pas remplir ce
devoir de naissance, mais même d'un point de vue matérialiste, il est rare que
quelqu'un mérite le monde dont il profite.
Quelle est cette
responsabilité dont je parle ? Il s'agit de la préservation et de la propagation
des profondes et uniques traditions culturelles et scientifiques qui furent
entretenues et cultivées depuis des milliers d'années par les Tibétains des
anciennes générations qui les considéraient comme plus importantes que leur
propre vie. En ces temps modernes, ces traditions sont intimement liées au
bien-être de tous les peuples. Si le peuple tibétain ne parvient pas à préserver
ces traditions culturelles et si donc elles disparaissent suite à l'occupation
chinoise, cela représentera une grande perte, non seulement pour les Tibétains,
mais pour le monde entier. Le peuple tibétain ne peut protéger complètement
ces traditions s'il n'atteint pas la liberté et si un équilibre écologique
sans exploitation n'est pas restauré au Tibet. Notre but ultime n'est donc
pas la liberté politique du Tibet, mais plutôt la préservation, le maintien
et la propagation des sublimes traditions culturelles des sciences de l'âme
essentielles pour l'amour du monde entier. Pourtant, sans moyens appropriés
ni conditions favorables, il nous est impossible d'assumer cette responsabilité.
Nous devons donc entreprendre sans tarder cette pratique spirituelle de libération
du Tibet.
Même si l'on
réfléchit uniquement en termes politiques, le Tibet est distinct de la Chine
en termes d'ethnie, de langage, de philosophie et de littérature. En fait,
chaque aspect significatif de la culture tibétaine est distinct de la Chine.
Historiquement, le Tibet a bénéficié d'une complète indépendance avant l'invasion
chinoise ; même maintenant aucun Tibétain ne désire rester sous tutelle chinoise.
Pour toutes ces raisons, nous avons le droit d'être une nation indépendante.
En outre, d'un point de vue international, la présence d'un Etat tampon entre
les deux Etats d'Asie les plus peuplés - la Chine et l'Inde - assurerait la
paix dans la région. Géographiquement, le Tibet est le plus haut pays du monde
et la source de la plupart des principales rivières d'Asie. D'où l'importance
primordiale de l'environnement du Tibet à l'échelle internationale. Mais le
plus important reste que le Tibet est intimement lié à la sécurité et à la
stabilité d'Etats voisins comme l'Inde, le Népal, le Bhoutan et Myanmar (Birmanie).
En fait, l'indépendance du Tibet serait bénéfique même pour la Chine. En abrégé,
si la communauté internationale a senti que l'Irak ne devait pas occuper le
Koweït, alors il n'y a aucune raison, quelle qu'elle soit, pour que la Chine
soit autorisée à occuper le Tibet. Jusqu'à ce que le Tibet soit libéré de
l'occupation chinoise, cette tache sur le développement de la civilisation
moderne ne sera pas effacée, et la loi sauvage de la jungle persistera sans
aucun doute au XXIème siècle.
La restauration
de la liberté au Tibet n'est donc pas seulement importante pour les Tibétains,
mais aussi pour la communauté internationale, pour les avantages évidents
qu'elle offre. Mais contrairement à la lutte d'autres pays pour la liberté,
la liberté du Tibet n'est pas quelque chose qui peut attendre plusieurs générations
; au contraire, nous devons agir dans la plus grande urgence. A ce point du
raisonnement, je vais établir la liste de quelques raisons pour lesquelles
nous devons reconnaître que notre temps si précieux s'échappe un peu plus
chaque jour.
- Si nous sommes
incapables de restaurer rapidement notre liberté, le Tibet deviendra bientôt
chinois, et le peuple tibétain une minorité dans son propre pays. La pratique
spirituelle de la libération du Tibet est entreprise par amour pour les
philosophies et les pratiques contenues dans l'apprentissage, la culture
et les sciences de l'âme tibétains. Mais si nous n'agissons pas vite, ces
choses pourraient bien être irrémédiablement perdues. Même si le Tibet obtenait
sa liberté après cela, notre seul acquis serait purement politique.
- Si nous n'avons
pas les conseils de Sa Sainteté le Dalaï Lama durant quelques temps après
la restauration de notre liberté, il est certain que nous serons incapables
de bâtir un nouveau Tibet en accord avec nos buts, et il est même possible
que nous nous montrions incapables de maintenir notre liberté.
- Si l'on ne
restaure pas la liberté au Tibet d'ici quelques années et si la Chine communiste
continue à se développer et à se renforcer politiquement, alors dans une
dizaine d'année la Chine peut devenir un pays d'une puissance sans égale.
Même si la Chine devait devenir démocratique et pacifique, la restauration
de la liberté au Tibet pourrait finalement n'en devenir que plus difficile.
Pour ces raisons, la pratique spirituelle de la restauration de la liberté
au Tibet doit avoir des résultats patents au plus tard en 1997-1998, et, avec
cet objectif immédiat en tête, nous devons entreprendre un Mouvement Satyagraha.
- LES CARACTERISTIQUES
DU TIBET LIBRE
En harmonie avec
la vision de Sa Sainteté le Dalaï Lama, après la restitution de sa liberté le
Tibet deviendra une zone de paix démilitarisée, sans armes nucléaires, chimiques
ou biologiques. Ce sera un centre de protection de l'environnement, suivant
les principes économiques bouddhistes qui évitent tout extrême. le Tibet libre
sera une source de culture unique des sciences de l'âme, un pays qui cherchera
à soulager les nombreuses souffrances infligées aux populations par la société
moderne. Ce sera une nation caractérisée par sa spiritualité et son authentique
démocratie, emplie de ces particularités de l'ancien Tibet qui reposent sur
une vision du monde fondée sur l'amour, et pourtant parée des aspects positifs
de la modernité qui ne contredisent pas ces principes de compassion. le Tibet
libre sera un système politique modèle, et aidera à maintenir la paix et la
bonne volonté à travers le monde et particulièrement en Asie. C'est pour ce
genre de Tibet à venir que nous devons nous battre maintenant.
- LES METHODES
Dans notre pratique
spirituelle pour restaurer la liberté au Tibet, notre méthode est exclusivement
la voie non-violente de la paix. C'est pourquoi tous les Tibétains, sur place
comme en exil, doivent se battre pour avoir foi en cette voie. Ils doivent également
lutter pour mettre cette voie en pratique. La voie non-violente de la paix est
une technique destinée à des personnes particulièrement courageuses. Bien sûr,
le pusillanime et le couard la trouveront difficile à imaginer, mais ceux qui
n'ont pas confiance dans les principes des sciences de l'âme et dans le fonctionnement
de la relation de cause à effet karmique ne comprendront pas non plus aisément
les principes de cette technique. Beaucoup de personnes simples d'esprit pensent
que si nous empruntons consciencieusement le chemin non-violent de la paix,
c'est uniquement parce que les gigantesques populations et la puissance militaire
de la Chine ne laissent pas d'autre choix aux Tibétains, peu nombreux et militairement
faibles. Selon ces gens, si nous avions la capacité de mener une guerre contre
la Chine, il serait parfaitement acceptable de retrouver notre liberté par des
opérations militaires. Beaucoup de gens pensent de cette façon, mais c'est une
grave erreur. En fait, c'est un indice qui prouve qu'ils n'ont pas foi en cette
voie non-violente de la paix. Que l'on aie confiance en ce principe de causalité
karmique où la vertu a pour conséquence le bonheur et l'attitude inverse la
souffrance, ou que l'on voie la situation d'un point de vue purement politique,
le sens philosophique est ici que l'on ne peut atteindre des buts irréprochables
sans se reposer sur des méthodes irréprochables. C'est dans ce sens philosophique
que l'on doit pratiquer la voie non-violente de la paix, car c'est uniquement
dans ce sens que l'on peut vraiment s'abstenir de toute violence. Si l'on veut
pratiquer la non-violence avec l'intention d'abuser les autres, alors il est
nettement préférable de ne pas participer du tout. Même si la violence pouvait
garantir l'indépendance du Tibet dès demain, nous devons fermement jurer de
ne jamais nous en servir. Tant que nous n'aurons pas fait cette promesse, notre
voie non-violente de la paix ne sera jamais ni parfaite ni efficace.
- METTRE LES
METHODES EN PRATIQUE
Il ne peut exister
de Mouvement de Paix non-violent qui ne soit fondé sur la Vérité. Dans une certaine
mesure, vérité et non-violence sont synonymes. On peut se demander comment nous
devrions utiliser la voie non-violente de la paix pour mettre spirituellement
en pratique la libération du Tibet. La réponse est que nous devons reconnaître
que la vérité est de notre côté, et avec cette reconnaissance nous devons nous
engager dans une campagne Satyagraha. Avec ceci en tête, je vais énumérer brièvement
quelques vérités dont nous pouvons nous réclamer :
- Il est vrai
que le Tibet est une terre spirituelle où le peuple gagne son pain d'une
manière spirituelle et morale.
- Il est vrai
que le Tibet a joui en général d'une totale indépendance depuis l'établissement
de ses premières structures sociales jusqu'en 1951.
- Il est vrai
que l'invasion militaire de la Chine communiste en 1949 et la colonisation
forcée du Tibet qui en a découlé violent le droit international.
- Il est vrai
que selon le droit international, l'Accord en Dix-Sept Points que les Tibétains
ont été obligés de signer sous une intense pression est invalide. Et non
seulement il est invalide, mais de plus les Chinois n'ont pas respecté un
seul de ses points, et ce faisant, ont annulé effectivement l'accord. Par
conséquent, il est vrai que l'Accord en Dix-Sept Points ne doit en aucun
cas être considéré comme une preuve valide pour déclarer que le Tibet est
une partie de la Chine.
- Il est vrai
que pendant plus de quarante ans, depuis l'invasion chinoise, les Tibétains
ont été privés de leurs droits humains ; que les traditions religieuses
et culturelles du Tibet ont été dévastées ; que l'économie du Tibet a été
exploitée ; que le peuple tibétain a subi des oppressions, des tortures
et des brutalités incommensurables ; que le peuple tibétain a perdu une
partie de sa population à cause de la politique de transfert de population
chinoise au Tibet ; qu'une tentative délibérée de détruire notre culture
et notre identité a été faite ; et que l'environnement du Tibet a été gravement
endommagé. Il est vrai qu'à la suite de tout ceci et de bien d'autres atrocités,
le peuple tibétain a été ruiné par la souffrance, sans même la moindre planche
de salut, et il est vrai que cette façon de gouverner le Tibet ne s'est
jamais accordé avec les aspirations des Tibétains.
- Il est vrai
que la vaste majorité du peuple tibétain s'oppose à l'occupation chinoise
et aspire avec ferveur à la restauration de l'indépendance du Tibet.
- Il est vrai
que le Tibet n'est pas une partie de la Chine, et mise à part son occupation
illégale par la Chine, ni les chefs d'Etat tibétains ni le peuple tibétain
n'ont jamais légitimement été d'accord pour se joindre à la Chine. En conséquence,
il est vrai qu'un mouvement pour libérer le Tibet d'une réglementation illégale
ne représente en aucun cas une menace pour l'intégrité territoriale de la
Chine.
- Il est vrai
que nous, Tibétains, sommes un peuple constituant une ethnie, possédant
une langue, une façon de s'habiller et des traditions culturelles qui nous
sont propres. Il est donc vrai que le peuple tibétain a le droit de s'auto-déterminer,
et ce droit a été clairement affirmé par :
- des résolutions
des Nations Unies de 1961 à 1965,
- le jugement
rendu par le Tribunal Permanent des Peuples au cours de sa session sur
le Tibet (Strasbourg, France, 1992),
- les comptes-rendus
de la session de la Conférence des Juristes internationaux sur les questions
relatives à l'autodétermination et à l'indépendance du Tibet (Londres,
1993),
- le rapport
d'activité de la Conférence des Parlementaires européens (palais de
Westminster, 1993),
- la déclaration
de New Delhi de la Convention parlementaire mondiale sur le Tibet (1994).
Notre droit
à l'autodétermination n'a pas seulement été affirmé dans ce contexte, mais
beaucoup de chercheurs ont également produit de nombreux rapports à ce sujet.
Si l'on se fonde sur leur conclusions, il est vrai que le peuple tibétain
possède toutes les caractéristiques d'un peuple distinct, en accord avec
les canons du droit international, et a clairement le droit de s'auto-déterminer.
- Il est vrai
que le peuple tibétain à envers le monde la responsabilité de protéger,
maintenir et diffuser nos traditions uniques de comportement moral et de
sciences spirituelles.
- Il est vrai
que cette responsabilité ne peut être totalement assumée si la liberté n'est
pas rendue au peuple tibétain.
- Il est donc
vrai que la restitution de notre liberté est le devoir inné de chaque Tibétain.
Les vérités susmentionnées ne sont pas hypothétiques ni ne représentent une
forme de propagande politique. Au contraire, ces vérités peuvent être confirmées
autant par le bon sens de chacun que par des preuves irréfutables. C'est pourquoi,
étant des vérités, aucun argument irrationnel et aucune force illégitime ne
peut les effacer ou les rendre mensongères. Ceci est la nature de la vérité.
Les Chinois continuent à occuper le Tibet en négligeant et en foulant au pied
ces vérités, et le fait qu'ils puissent agir ainsi provient soit de notre
manque de confiance en ces mêmes vérités, soit de notre manque du courage
nécessaire à les porter à leur apogée. Le peuple tibétain dans son entier,
qu'il soit au Tibet ou en exil, doit reconnaître ces vérités immédiatement
et avoir foi en elles. Nous devons sans hésiter et comme un seul homme entreprendre
un Mouvement Satyagraha afin de faire resplendir ces vérités.
- PLAN POUR
UN MOUVEMENT SATYAGRAHA
Depuis que Sa Sainteté
le Dalaï Lama est parti s'exiler en Inde, beaucoup a été fait pour tenter de
rendre au Tibet sa liberté. Des informations précises et correctes ont été diffusées
à travers le monde, de fréquentes démarches ont été effectuées auprès des Nations
Unies, le projet de Constitution du futur Tibet a été rédigé et diffusé, le
gouvernement tibétain en exil a été pleinement démocratisé, et nombre d'autres
actions ont été entreprises. En outre, en 1979, le Leader chinois Deng Xiao
Ping a indiqué qu'à l'exception de l'indépendance totale, tous les autres problèmes
pouvaient être résolus par la voie de la négociation. En accord avec ceci, de
nombreuses actions, comme l'envoi de délégations en Chine et au Tibet, ont été
mises en oeuvre dans une tentative d'aboutir à un accord pacifiquement négocié
entre le Tibet et la Chine. Le résultat de ces efforts a été la rédaction par
Sa Sainteté du Plan de Paix en Cinq Points, en 1987, et la présentation en 1989
de la proposition de Strasbourg devant le Parlement européen. Mais bien que
le Dalaï Lama ait fait tout son possible pour aboutir à un accord pacifique,
Les Chinois n'ont jamais agi en accord avec leurs précédentes déclarations concernant
leur désir d'arriver à cet accord.
En ce moment
les contacts directs et les discussions avec la Chine ont été suspendus et
un appel a été lancé afin de convaincre les Chinois par une pression internationale.
Dans son message du 10 mars 1994, Sa Sainteté le Dalaï Lama a publiquement
annoncé que si l'appel à la pression internationale n'aboutissait pas à un
résultat satisfaisant en un temps acceptable, il demanderait au peuple tibétain
d'exprimer son opinion sur la meilleure manière d'agir dans l'avenir. Jugeant
la façon dont les Chinois tendent à agir, il semble plutôt improbable qu'une
pression internationale puisse en fin de compte asseoir les Chinois autour
d'une table de négociations. Dans l'avenir, si le peuple tibétain, et particulièrement
les Tibétains du Tibet, ne tente pas de restaurer la liberté au Tibet en entreprenant
un mouvement sérieux qui indiquera clairement ses aspirations, alors il semble
peu probable que la pression et le soutien internationaux aient par eux-mêmes
beaucoup d'effet. Par conséquent, nous, peuple tibétain, devons maintenant
nous préparer à soumettre un plan d'action bien agencé pour le moment ou Sa
Sainteté le Dalaï Lama nous demandera notre opinion. Ce plan pour un Mouvement
Satyagraha est donc soumis à la considération du peuple.
En bref, ce plan
s'établit comme suit : Si les autorités chinoises ne font pas de progrès satisfaisants
pour le peuple tibétain à travers un accord pacifique sur les questions tibétaines
, établi sur des politiques réalisables et acceptables, d'ici fin 1995, alors
dès le 10 mars 1996, le peule tibétain dans sa totalité, sur place et en exil,
entamera avec un coeur et un esprit unis, un Mouvement Satyagraha non-violent
total. Voici ce que nous devons décider de faire.
- QUALIFICATIONS
REQUISES PAR UN MILITANT SATYAGRAHA
- Il doit maintenir
une conduite éthique correcte (comme spécifié plus loin) par une foi inébranlable
et une confiance sans bornes dans la vérité et la voie non-violente de la
paix, ce qui consiste notamment en ne jamais mentir et ne jamais faire souffrir
autrui. Cette conduite doit avoir été maintenue au moins trois mois avant
d'entrer dans ce mouvement.
- Il ne doit
avoir ni colère, ni haine, ni intention de blesser l'objet de notre résistance,
les fonctionnaires du gouvernement, les travailleurs de la Chine communiste
et tous ceux qui sont à leurs côtés.
- Une fois engagé
dans l'action Satyagraha, il doit avoir le courage de ne jamais répondre
à la violence par la violence, ni d'employer la violence pour se protéger,
peu importe qu'il soit battu, emprisonné, maltraité et torturé.
- Au moment
d'entreprendre le Mouvement Satyagraha pour restaurer l'indépendance, il
ne doit pas le considérer comme un mouvement politique, ni comme une quelconque
activité mondaine, ni comme une campagne calculée pour faire du mal aux
Chinois. Au lieu de cela, il doit reconnaître et croire qu'il est engagé
dans la pratique spirituelle de restauration de l'indépendance du Tibet
pour l'amour de tous les êtres vivants.
- En participant
au Mouvement, il ne doit en aucun cas espérer acquérir la célébrité, la
gloire, un profit économique ou politique, ou la reconnaissance pour ses
actions notables et ainsi de suite.
- Il ne doit
à aucun moment rappeler aux autres sa contribution ni s'attendre à obtenir
du crédit de quelqu'un qui a abandonné toutes ces notions. En particulier,
il ne doit en aucun cas, après la restauration de la liberté, s'attendre
à une quelconque position politique, un statut social, un soutien financier
ou tout autre privilège pour lui ou ses relations. Et même si une telle
offre lui est faite dans le Tibet libre, il doit fermement la décliner à
moins qu'il n'y en ait un besoin évident et pressant.
- Dans les domaines
de l'habillement, du logement, de l'ameublement, etc..., il doit mener une
vie sans extrêmes. Il ne doit pas entrer dans un mode de vie non-conforme
à l'éthique, et doit avoir peu de désir pour la richesse.
- Il ne doit
participer à aucune activité, quelle qu'elle soit, publique ou privée, qui
soit malhonnête ou mensongère.
- Il doit s'assurer
que les membres de sa famille, comme les enfants ou les personnes âgées,
ne dépendent pas de son soutien. S'ils sont dépendants, alors il doit au
préalable recevoir leur permission.
- Il ne doit
avoir aucun emprunt en cours, aucun déficit à combler, aucun passif à gérer,
et aucune autre responsabilité de ce type à assumer.
- Il ne doit
jamais rompre son voeu de vérité et de non-violence, même au prix de sa
vie.
- Il ne doit
pas transgresser les règles périodiquement et légitimement édictées par
les chefs du Mouvement Satyagraha.
- DECISIONS
REQUISES D'UN MILITANT SATYAGRAHA
Il doit fermement
prendre les décisions suivantes :
- Dès le moment
où il rejoint le Mouvement Satyagraha, il ne doit jamais l'abandonner avant
que le mouvement n'ait annoncé que les buts ont été atteints ou que tous
les militants ont péri sans exception.
- Peu importe
combien de misère et de difficultés il rencontre dans son corps et dans
son esprit, il doit persévérer et ne jamais abandonner son activité tant
qu'il vit.
- Peu importe
qu'il soit loué ou injurié, si sa motivation est sans faille, alors il ne
pourra jamais être dissuadé, peu importe le nombre d'arguments que peuvent
avancer les autres.
- POINTS DEVANT
ETRE COMPRIS
Un militant Satyagraha
doit clairement comprendre les points suivants :
- Il a besoin
de comprendre depuis le tout début que non seulement il est assez probable
qu'il meurt après avoir commencé son action, mais qu'il est également possible
que tous les membres du mouvement périssent, ou que les buts du mouvement
ne soient pas atteints. Mais dans tous les cas, tous les membres du mouvement
mourrons dans les soixante-dix années qui viennent. Donc, si l'on doit mourir
de toutes façons, il est nettement préférable que cela se produise quelques
années plus tôt lors du processus d'accomplissement de son devoir de naissance,
plutôt que quelques années plus tard sans l'avoir accompli. Et même si l'on
ne veut pas mourir tout de suite, comment être assuré de vivre plus longtemps
?
- Nos buts pourraient
ne pas être atteints quand bien même tous les membres du mouvement auraient
péri, mais tous les Tibétains vivant à l'heure actuelle mourront un jour,
même si nous ne commençons pas de Mouvement de Vérité. Ce qui est le plus
important, que le mouvement soit un échec ou que nous ne l'entreprenions
pas, c'est que notre culture et notre identité ethnique périront dans les
deux cas. Comme tout doit être perdu dans l'une ou l'autre de ces perspectives,
il vaut nettement mieux - peu importe ce que l'on peut dire - que nous perdions
tout dans une tentative pour réaliser notre devoir de naissance plutôt que
ne rien faire et attendre que tout se détruise tout seul.
- FORMES DE
SATYAGRAHA
Le mouvement contient
deux formes de Satyagraha : personnelle et collective. Dès le jour où une personne
qui souhaite rejoindre le mouvement a réuni toutes les qualifications énumérées
dans le point VI, elle peut s'engager dans toute forme de Satyagraha spatialement
et temporellement réalisable sans dépendre de plans collectifs, et cette personne
peut s'engager dans le Satyagraha en dedans comme en dehors du Tibet. Plusieurs
formes de Satyagraha personnels sont aisées à accomplir, ce qui signifie que
chacun doit s'engager continuellement en elles. Le Satyagraha personnel doit
être particulièrement mis en avant quand le temps n'est pas encore venu pour
un Satyagraha collectif. Un Satyagraha collectif doit être accompli par un groupe
d'au moins cinq personnes et doit être assorti d'un plan. Le plan doit être
adapté au lieu et au moment et doit être adopté par toute personne qui s'engage
dans le Satyagraha collectif.
- LES ETAPES
DU MOUVEMENT
- Le Satyagraha
personnel peut être accompli n'importe où et n'importe quand, il ne nécessite
donc pas d'être réglé en accord avec une séquence ou des stades d'actions
successifs.
- Le Satyagraha
collectif commencera à partir d'une date précise. A cette date, les Tibétains
en exil qui souhaitent participer au Mouvement et qui remplissent les conditions
pour cela abandonneront tous leurs biens et leurs propriétés pour la durée
du mouvement et retourneront au Tibet pour s'engager dans le Satyagraha.
- A partir de
cette date, les Tibétains du Tibet qui se sont enrôlés dans le mouvement
commenceront collectivement leur activité Satyagraha dans leurs régions
respectives.
- Après avoir
évalué le nombre de militants Satyagraha disponibles, ceux-ci seront affectés
à des unités de taille proportionnelle. Après la décimation d'une première
unité de militants par la mort, les blessures ou la prison, une seconde
doit se présenter dans les deux jours suivants. Le mouvement doit être maintenu
de cette manière.
- TYPES DE SATYAGRAHA
Les formes spécifiques
de Satyagraha non-violent total doivent être déterminées dans le contexte spatial
et temporel de l'action intentée. Les exigences en cours du mouvement doivent
aussi être prises en ligne de compte. C'est pourquoi il n'est pas possible,
actuellement, de décrire en détail toutes les formes d'action. Grossièrement
cependant, l'action Satyagraha consiste en la désobéissance civique, le refus
de coopérer et la résistance passive. Plus bas sont énumérés quelques exemples
de ces actions :
- Les militants
ignoreront totalement tout ordre et directive inacceptable émanant du gouvernement
central chinois et des gouvernements régionaux et provinciaux chinois dans
la zone du Tibet.
- Les militants
ne coopéreront ni ne participeront à aucun travail gouvernemental ou public
qui fasse partie d'un projet initié et/ou contrôlé par les gouvernements
central, régional ou local de la Chine communiste.
- Tous les militants
travaillant dans des bureaux, des écoles, des usines ou d'autres lieux de
travail contrôlés par un département ou bureau des gouvernements central,
régional ou local chinois démissionneront de leur poste.
- Les militants
n'achèteront, ne vendront, ne posséderont ni ne garderont ou n'utiliseront
aucun article produit par le gouvernement ou le peuple chinois.
- Les militants
ne visiteront ni ne fréquenteront aucun restaurant, magasin ou hôtel administrés
par le gouvernement ou le peuple chinois.
- Tous les militants
étudiant ou enseignant dans une école refuseront d'étudier ou d'enseigner
la langue chinoise ou toute autre forme d'études chinoises.
- Les militants
n'emploieront aucun Chinois dans aucune entreprise, qu'il s'agisse d'un
chantier de construction ou d'une simple échoppe de tailleur ou de barbier.
- Les militants
ne seront partenaires d'aucun Chinois dans aucune entreprise, qu'elle exerce
dans le commerce, les services, l'agriculture ou l'industrie.
- En résumé,
les militants ne s'associeront ou ne coopéreront d'aucune manière avec quelque
activité que ce soit reliée - directement ou indirectement - à l'occupation
chinoise du Tibet, aux transferts de population chinoise au Tibet ou à la
destruction de l'environnement tibétain. Les militants résisteront pacifiquement
sans aucune violence, par des assemblées quotidiennes dans les rues de chaque
ville ou village. Les militants ne se défendront pas même avec les extrémités
de leurs drapeaux et pancartes, sans parler d'armes. Ils crieront des slogans
de résistance et feront connaître sans répit leurs exigences en cours, oralement
et par écrit.
- L'on peut
s'engager dans toute autre forme d'activisme reprenant les principes et
les méthodes du Satyagraha comme le refus de coopérer et la résistance passive.
Une fois engagé dans cette action, on doit le faire en accord avec le plan
et les conditions temporelles et spatiales. Malgré que l'on aura certainement
à endurer stoïquement des difficultés telles que la famine forcée, on ne
doit pas sacrifier délibérément sa vie en jeûnant, s'immolant, etc.
- LES EXIGENCES
DE NOTRE MOUVEMENT SATYAGRAHA
Les exigences devant
être formulées initialement par le Mouvement Satyagraha ne doivent pas être
impossibles, ni même particulièrement difficile, à satisfaire. Il est au contraire
crucial de commencer le mouvement avec des exigences préalablement et raisonnablement
déterminée pour être réalisables. Plus bas sont énumérées quelques unes des
exigences qui peuvent être formulées au début du mouvement :
- Les transferts
de population chinoise au Tibet doivent cesser immédiatement.
- Les droits
de l'Homme ne doivent plus désormais être violés au Tibet.
- Les prisonniers
politiques tibétains doivent être immédiatement relâchés.
- L'environnement
du Tibet doit être protégé, et en particulier la conduite d'essais nucléaires,
la construction d'installations nucléaires et le déversement de déchets
nucléaires doivent être immédiatement stoppés.
- Le système
politique doit être immédiatement démocratisé. Si dans un premier temps
un résultat acceptable du mouvement Satyagraha est obtenu grâce à la satisfaction
de l'une ou plusieurs de ces exigences, alors dans un deuxième stade nous
devrons exiger une opportunité pour le peuple tibétain d'exercer son droit
à l'autodétermination. Ce qui doit être fait après ceci découlera naturellement
des résultats des opérations précédentes.
- LES OBSTACLES
INEVITABLES AU MOUVEMENT SATYAGRAHA
Le mouvement Satyagraha
affronte tous les obstacles et entraves possibles, mais la plupart ne causent
pas de problèmes majeurs. Cependant, les deux plus sérieux obstacles peuvent
se monter problématiques. Ils sont les suivants :
- Les militants
Satyagraha devront affronter d'incommensurables tortures et tourments, et
nos tortionnaires useront de toutes les méthodes imaginables pour exciter
notre colère. En agissant ainsi, ils essayeront d'inciter les militants
à employer la violence et le mensonge, et il est possible que certains brisent
leur voeu de non-violence. Une autre possibilité est que nos opposants recruteront
puis infiltreront leurs agents au sein du mouvement Satyagraha ; ces agents
tenteront alors d'inciter les autres à la violence.
- Le temps sera
perdu en vaines discussions ayant pour but de stopper le Mouvement de Vérité,
à travers des déclarations vagues et erronées, et avec le prétexte de chercher
les moyens d'arranger un accord. Nous aurons besoin de faire face à ces
deux éventualités avec adresse et vigilance.
- DIFFUSION
DE L'INFORMATION CONCERNANT LE MOUVEMENT SATYAGRAHA
Le Mouvement de
Vérité ne cherche pas de publicité, ni n'est un moyen de recueillir un soutien
international. Il sera nécessaire de présenter des documents spécifiant nos
exigences aux autorités gouvernementales des régions appropriées ainsi qu'aux
membres du gouvernement central chinois. Mais à part ces documents, personne
ne doit de sa propre initiative faire la publicité du mouvement auprès des médias
d'information. Néanmoins le mouvement ne nécessite pas d'être tenu secret, et
l'on peut donc à la demande expliquer clairement et rapidement la situation
aux représentants des médias ou à toute autre personne intéressée.
- SOUTIEN FINANCIER
AU MOUVEMENT
Un mécanisme doit
être établi pour rassembler les fonds accumulés par les militants eux-mêmes
pour servir le mouvement. Ces fonds ne doivent pas avoir été acquis par un mode
de vie non conforme à l'éthique. Le Mouvement peut également accepter des donations
pures de tout mode de vie non-éthique et effectuées sans espoir de retour, ceci
incluant l'attente de gloire ou d'un statut amélioré.
- LES ADEPTES
DU MOUVEMENT SATYAGRAHA
Certaines personnes
souhaiteront soutenir le Mouvement sans pour autant y participer en tant que
militants. Ces personnes peuvent accomplir des tâches comme rassembler des fonds,
assurer les relations publiques, la récolte et la diffusion d'information et
la préparation de publications. Ces tâches peuvent être accomplies pour toute
la durée du Mouvement ou pour un certain laps de temps. Les adeptes peuvent
s'engager dans ces activités s'ils remplissent les conditions des points 1,
2, 4, 5, 6, 7, 11, et 12 du chapitre VI.
- UNE REPONSE
AU SCEPTICISME SUR LE SATYAGRAHA
Beaucoup de gens
remarquent que notre Mouvement Satyagraha est complètement différent du Satyagraha
de Gandhi, conduit lorsque l'Inde était sous domination anglaise. Notre mouvement
n'est pas non plus semblable aux mouvements menés dans les pays démocratiques.
Au contraire, la Chine est un pays possédant une immense population et de gigantesques
forces militaires, et un gouvernement immoral, sans éthique et sans scrupules,
sans aucune règle de droit ni aucun respect aussi bien pour les droits de l'Homme
que pour la communauté internationale. Les sceptiques continuent à dire que
dans de telles conditions, non seulement il n'y a aucun moyen de débuter un
Mouvement Satyagraha, mais s'il peut commencer d'une manière ou d'une autre,
y participer reviendrait à commettre un suicide. Bien que beaucoup de gens pensent
ainsi, le fait demeure que si la voie non-violente de la paix est vraiment efficace,
il doit être capable de surmonter tout ce qu'il doit affronter. Et si elle affronte
une brutalité sans frein, la voie de la non-violence deviendra nécessairement
encore plus puissante. Quand la vérité est confrontée au mensonge et la non-violence
à la violence, la force la plus grande est celle qui est la plus valable. Le
fait que les opposants ont plus de force brute ne signifie pas qu'ils auront
par conséquent plus de puissance. Quand nous disons que Bouddha Sakyamuni a
submergé des millions de forces démoniaques par une simple méditation sur l'amour,
nous ne racontons pas simplement une histoire. Au contraire, je sens que nous
parlons d'un symbole, soutenu rationnellement, du pouvoir de la vérité et de
la non-violence.
En fin de compte, même si participer à un tel mouvement équivalait à un suicide,
j'ai déjà remarqué que nous devons mourir d'une manière ou d'une autre. Autant
donc mourir en étant engagé dans une mise en oeuvre spirituelle de vérité et
de non-violence pour servir notre nation et ses traditions spirituelles, cela
a tellement plus de sens et de conformité aux exigence de l'histoire que de
mourir après avoir mené une vie vide et insignifiante.
(traduction de l'anglais,
Sandra UNGEMACH Parti Radical transnational - Rue Belliard 97 - REM 5.08 - 1040
Bruxelles - Tel. 32-2-284.25.79 - Fax. 284.91.98)